Newsletter du 05 Octobre 2026
Mon chat me surveille.
Pas le regard vaguement intéressé d’un animal qui attend sa gamelle, mais plutôt une surveillance continue, totale, sans le moindre clignement. Je travaille, il me fixe. Je change de pièce, il est déjà là, assis, à me fixer, comme s’il avait été provisionné à l’avance. Je me retourne brusquement dans le couloir, il est là. Je ferme les yeux, je les rouvre, il n’a pas bougé. Mais il est plus près.
J’ai installé une caméra pour le surveiller à mon tour. Sur toutes les images il regarde la caméra.
J’ai éteint l’écran pour réfléchir. Dans le reflet noir du moniteur, deux yeux jaunes, juste derrière mon épaule. Je me suis retourné. Le canapé était vide.
Il ne mange pas. Enfin, la gamelle se vide, mais je ne l’ai jamais vu manger. Il ne dort pas non plus. Il ferme les yeux, ce qui n’est pas du tout la même chose.
Alors j’ai fait ce que tout bon ops aurait fait : j’ai regardé les logs du routeur. Toutes les nuits, à 3 h 14, du trafic sortant vers une IP que je ne connais pas. Il dort à côté du routeur. Enfin, il ferme les yeux à côté du routeur.
Je ne sais pas ce qu’il veut. Je ne sais pas pour qui il travaille. J’en ai parlé à ma femme, pour me rassurer. Elle m’a regardé longtemps en soupirant puis elle m’a demandé de quel chat je parlais.
Il est 3 h 13.
Cyril
PS : Un bonjour amical à Albin, qui m’a écrit un email tellement gentil que j’ai d’abord cru à du phishing. SPF, DKIM, DMARC, tout était valide, de la gentillesse authentifiée, j’en ai été chamboulé toute la journée. Le chat aussi a lu ton mail, Albin. Il n’a rien dit, mais il a noté ton adresse.
La pépite de la semaine
Chez Pinterest, Terraform est éparpillé dans une ribambelle de dépôts tenus par des équipes différentes, en attendant le grand soir du monorepo. Pour éviter que tout ce petit monde ne s’écrase les states les uns des autres, les ops ont construit RPP, un moteur maison sur GitHub Actions qui fonctionne comme une boîte de nuit à trois videurs : OIDC à l’entrée, vérification de la liste au deuxième, et le troisième vous remet un rôle IAM tellement raboté qu’il permet tout juste de commander un verre d’eau. Le développeur qui copie-colle le backend du workspace d’à côté finit sur le trottoir comme un mineur avec la carte d’identité de son grand frère. L’article déroule chaque étape code à l’appui, de quoi plagier proprement le modèle chez vous. Ça ressemble furieusement à Atlantis mais vos idées de déco pour mariage bohème n’ont jamais été aussi bien gardées.
Le coeur de la veille
A staff engineer's guide to inventing work Dans une équipe plateforme, pas de product manager pour vous tendre une roadmap, pas de chiffre d’affaires à suivre et pas de marché à perdre : le travail n’existe que si un mec l’invente. Un staff engineer nous livre donc son guide en onze signaux. Les post-mortems, la facture cloud à éplucher ligne à ligne, les utilisateurs qui détournent la plateforme pour des usages jamais prévus, les équipes qui refusent obstinément de migrer, et même le manager qui parle deux fois du même sujet dans la semaine, signe qu’il y a un vrai problème, ou qu’il a oublié qu’il vous l’avait déjà dit. Le tout classé, pondéré et argumenté. La conclusion de l’auteur c'est que le backlog n’est jamais vide, il est juste rempli par ceux qui crient le plus fort, en général la prod qui tombe et parfois le N+2, ce qui, avouons-le, revient souvent au même.
Containerd 1.7 reaches end of life Les freaks de chez DevOps Daily ont fait passer containerd 1.7 (en fin de vie depuis septembre) à la 2.x sur un Raspberry Pi juste pour voir ce qui casse. Presque rien : la vieille config se charge, et les miroirs dépréciés depuis la 1.5 marchent toujours, avec une date de suppression qui recule à chaque version comme mon régime. La vraie casse, ce sont les vieilles images en schema 1 : impossible de les pull, mais le nœud mis à jour les a déjà en cache, donc personne ne remarque rien. Le prochain node neuf, lui, vous offrira un ImagePullBackOff surprise la semaine suivante.
Git 2.55's reftable backend Git 3.0 passera par défaut à reftable, qui range les refs dans quelques tables binaires au lieu d’un fichier par branche. Dix fois plus rapide, cent fois plus léger. Mais lancez 150 créations de branches en même temps et elles se ruent toutes sur un seul verrou comme un stade entier sur une seule porte de toilettes à la mi-temps : plus de la moitié repartent brocouille comme on dit dans le Bouchonnois.
/usr/local/bin
Noisy-neighbors Les clusters K8S partagés c’est la vie en immeuble : chacun déclare ce qu’il consomme, le scheduler range tout le monde en fonction, et il y a toujours un voisin qui a réservé un studio pour y organiser une rave. noisy-neighbors, un plugin kubectl, le dénonce nommément : dans la démo, team-payments demande 64 Mi de mémoire et en utilise 702, pendant que ses colocataires de nœud se font OOMKiller ou étrangler par le throttling CPU tout en s’affichant gentiment Running. Pas de Prom, pas d’agent, pas de CRD, juste un binaire en lecture seule qui se contente des données déjà présentes dans le cluster. Prudent, l’outil dit toujours "exposé à", jamais "tué par", comme un bon avocat.
Rudeclaude Un dashboard en TUI pour surveiller la consommation de vos tokens sur Claude Code : limites sur 5 heures et sur la semaine, état de chaque session, et un petit point qui court derrière l’arc de consommation comme un retraité derrière le dernier bus pour Montargis qu'il ne rattrapera jamais. Ça ne vous rendra pas de tokens mais vous saurez exactement où ils sont partis. C’est moi qui l’ai fait avec mes gros doigts boudinés (Claude m’a aidé pour la mise en forme). En gros.
En bref
Help your open-source neighbour first Les gros projets ferment leurs portes aux contributeurs : tldraw clôt automatiquement les pull requests externes, Godot durcit ses règles, GitHub laisse filtrer qui a le droit de proposer du code. Normal, l’IA pond un patch en trois secondes et le mainteneur passe trois heures à se poser des questions existentielles. Votre PR sur Kubernetes sera donc accueillie par un bot avec la chaleur d’un répondeur de mutuelle. L’auteur du post conseille plutôt de filer un coup de main aux petits projets à cinquante étoiles, et a monté un index de 650 000 issues chez des gens qui demandent vraiment de l’aide. Ses trois dernières pull requests ont été relues le jour même et un mainteneur l’a presque invité à son mariage.
Portainer stopped supporting its community edition Portainer gèle son édition communautaire sur l’ancien code pendant que le produit part ailleurs. Traduction libre : merci pour les étoiles GitHub, la sortie est par là. L’auteur de ce post nous explique comment il est passé à Dockge (du créateur d’Uptime Kuma) qui fait moins de choses mais les fait sur vos vrais fichiers Compose, lus directement sur le disque au lieu d’être enfermés dans l’outil. Éditeur, logs en direct, terminal, bouton de mise à jour, et c’est à peu près tout. Rendez-vous dans trois ans pour le même article, avec Dockge dans le rôle du traître.
Sous les pavés l'IA
Debian Inference Portal Debian a voté pour autoriser l’usage responsable de l’IA générative : un portail est né, qui donne à ses développeurs et mainteneurs une clé d’API vers DeepSeek V4 Flash ou GLM-5.2, offert par Scaleway, donc par Free, donc techniquement par votre Freebox, qui clignote d’ailleurs un peu plus fort la nuit depuis. Chacun a un budget hebdomadaire présenté comme un garde-fou, réinitialisable soi-même depuis le dashboard comme une ceinture de sécurité livrée avec une paire de ciseaux.