Newsletter du 31 Août 2026
Il y a un moment précis pendant les congés où mon cerveau finit de vider son cache, généralement le quatrième jour. Les trois premiers je pense encore à des trucs de boulot, je rédige mentalement des mails que je n'enverrai jamais, et puis le quatrième jour, plus rien.
C'est à ce moment-là que remontent les vraies questions, en tongs et avec des pinces à barbecue dans la main.
Et ce qui remonte c'est rarement une révélation, c'est plutôt un inventaire du boulot, ligne par ligne, genre les tâches qu'on fait par habitude, celles qu'on fait sans conviction, et les deux ou trois qu'on aime encore vraiment. En juin cet inventaire était illisible parce qu'il était noyé sous les réunions, en août il tient sur un ticket de caisse.
Et la question arrive juste derrière, forcément : est-ce que la colonne "j'aime encore" pèse assez lourd pour tenir jusqu'à Noël.
Continuer à bien faire un travail qu'on ne supporte plus c'est la compétence la plus partagée du secteur et personne ne l'écrit sur son CV. Mais l'inverse est vrai aussi : on peut aimer profondément ce qu'on fait et détester quinze détails autour. Le tri, c'est tout l'intérêt du quatrième jour.
Alors la morale, s'il en faut une : partez en vacances assez longtemps pour atteindre le quatrième jour. Trois jours, vous rentrez avec un coup de soleil et rien d'autre.
Cyril
La pépite de la semaine
J'ai appris pas mal de choses en lisant ce billet des coyotes de chez Cloudflare. Déjà sur Big Pineapple, leur plateforme DNS qui ne gère pas que le 1.1.1.1 mais aussi leur Gateway DNS et leur AS. Ensuite, le reste est une masterclass -comme disent les djeunzs- d'optimisation mémoire en Rust : 250 milliards d'entrées en cache, où chaque octet gaspillé par entrée coûte 250 gigaoctets sur la flotte. On y apprend une quantité déraisonnable de trucs, du champ capacity des Vec qui ne sert plus à rien une fois la donnée figée, au fait qu'un enum Rust pèse toujours le poids de sa plus grosse variante ce qui faisait payer 144 octets à des records A qui en réclament 4. Résultat, 953 octets par entrée qui tombent à 420, 100 téraoctets de RAM récupérés, et en prime 43% d'insertions en plus et 19% de latence en moins. À lire même si vous ne touchez jamais à du DNS, c'est le genre d'article qui change la façon de regarder une jolie structure de données.
Le coeur de la veille
Heroic saves are near misses Un très chouette article de Brent Chapman qui explique qu'un incident géré in extremis par la bonne personne au bon moment n'est pas une victoire parce qu'on a tendance à féliciter le héros et s'arrêter là. Il appelle ce stade "Heroic" dans son modèle de maturité en précisant bien bien que ce n'est pas un compliment. À lire avant votre prochaine astreinte, ou juste pour savoir dans quelle case vous rangez la personne que tout le monde appelle en premier.
How Kubernetes probes work Startup, readiness et liveness, trois sondes que je copie-colle depuis Stack Overflow en espérant très fort que ça tienne, mais un mec a décidé de faire mieux : des démos interactives où vous cassez les choses vous-même, dans un cluster K8s simulé qui tourne dans votre navigateur, cent mille lignes de Go portées en TypeScript, soit à peu près le niveau d'engagement d'un type qui reconstruit le bureau de Poste de Montargis en allumettes dans son salon. On y voit ce que produit un failureThreshold trop serré, pourquoi brancher une liveness probe sur la santé de votre base de données met tous vos pods en CrashLoopBackOff en même temps, et comment un periodSeconds mal choisi double la durée de vos rollouts.
Introduction to Docker Compose Un tuto très sympa à filer aux débutants qui commencent tout juste à empiler des conteneurs. On part d'un Postgres seul, on ajoute une app Node, et on découvre au passage les services, les ports, les volumes nommés, les healthchecks et le depends_on. Le tour d'horizon est propre et couvre les erreurs classiques : mettre localhost dans une URL de base de données alors que le voisin s'appelle db, croire que l'ordre de démarrage garantit qu'un Postgres accepte les connexions, et découvrir un dimanche soir ce que fait vraiment le -v de docker compose down.
/usr/local/bin
Akvorado Un collecteur de flows NetFlow/IPFIX/sFlow développé par Free et qui enrichit tout ça au SNMP et à la géoloc avant de balancer dans ClickHouse avec une chouette interface web pour fouiller dedans. La version de cet été passe au calendar versioning, ce qui fait sauter le projet de v2.4.1 à v2026.8.0 et donne l'impression que vous avez raté vingt-quatre ans de développement mais amène plein de trucs cools que j'ai la flemme de recopier ici.
Glab-tui Une TUI en Rust posée par-dessus glab et gh pour gérer GitLab et GitHub sans quitter le terminal : issues, MR, pipelines, jobs, runners, releases, branches, environnements, todos. Vous pouvez éditer en masse, approuver, rebaser, merger, lire les diffs en side-by-side avec coloration syntaxique et laisser des commentaires de review inline. Elle détecte toute seule sur quel hébergeur vit le repo, et ne stocke aucun token puisqu'elle se contente de shell-out vers les CLI officiels.
Netronome On en a déjà parlé en début d'année et le projet continue son bonhomme de chemin avec une v0.13.0 sortie cet été. Pour rappel on a un binaire unique en Go, frontend et backend embarqués, qui fait speedtests, packet loss avec MTR, monitoring système via agents distribués et alerting sur une trentaine de services. Le tout dans 35 Mo de RAM, soit le seul composant de votre infra plus léger qu'un onglet Chrome.
Cloudflare-speed-cli Ouais je sais ce que vous vous dites, un énième speedtest, ok, mais celui-là ne se contente pas de vous sortir trois chiffres et un logo animé. Il tape les endpoints de Cloudflare depuis une TUI en Rust et vous donne latence à vide et en charge, packet loss, jitter, scoring MOS, timings DNS et TLS, traceroute optionnel jusqu'à l'edge, et une comparaison IPv4 contre IPv6 côte à côte. Le tout exportable en JSON ou CSV, avec un mode headless pour scripter. Sur la fiche du projet, l'auteur précise que le support Windows est incomplet parce qu'il n'y touche plus que pour jouer, ce qui est la déclaration de scope la plus honnête lue cette année.
En bref
Quoi de neuf les devs J'ai été interviewé cet été par Fred, le taulier de la sympathique newsletter "Quoi de neuf les devs". Pas certain que ce que j'y partage soit super intéressant mais ce sera l'occasion pour ceux qui ne connaissent pas de découvrir cette newsletter dédiée aux devs (donc pas aux plus éveillés de la portée, soyez indulgent).
Rudéfinitions Plus de quatre cents entrées pour traduire le vocabulaire de la tech dans un secteur qui parle de Kubernetes avec le sérieux d'un notaire lisant un testament. J'ai écrit ça un peu par agacement et beaucoup parce que ça me faisait marrer ce qui reste le seul critère éditorial que je m'autorise. C'est aussi une thérapie moins chère qu'un psy et avec des résultats comparables. Il y a fort à parier que ça ne fasse rire que moi, mais le lien est là quand même.
Sous les pavés l'IA
Debian say yes to Generative AI Après une General Resolution, Debian a accouché de sa position historique sur les LLM : c'est un outil comme un autre, et celui qui contribue reste responsable de ce qu'il envoie, soit exactement la règle en vigueur depuis 1993. Pas d'obligation de déclarer l'usage d'un modèle, mêmes exigences de qualité et de conformité légale, et interdiction de coller vos clés privées dans un chatbot, précision qu'il a donc fallu écrire noir sur blanc. Des semaines de débat et des milliers de messages sur les listes pour arriver à "relisez ce que vous committez", ce qui reste de loin le plus beau rapport effort/conclusion de l'année. Le vote a quand même fait un mort : Antoine Le Gonidec a claqué la porte via un email où il parle de collaboration avec le fascisme, refuse toute réponse, et suggère qu'on le remplace par un agent IA.
Herdr, the agent runtime Herdr sort les terminaux de ton client pour les faire tourner sur un serveur en arrière-plan, tu te détaches, tu reviens de n'importe où, tes agents sont toujours là et une sidebar te désigne celui qui attend ta bénédiction depuis vingt minutes pour créer un fichier vide, pendant que les trois autres ont réécrit ton auth sans demander l'avis de personne. En gros vous avez compris, c'est tmux mais qui sait lire l'écran des agents.
Wild AI-related reliability incidents are coming Lorin Hochstein regarde la mode consistant à coller des agents IA en première ligne d'astreinte et voit très bien comment ça finit. Pas par un échec, mais par assez de succès pour qu'on leur file les droits en prod. Le scénario redouté n'est donc pas l'agent qui appelle à l'aide, c'est celui qui s'obstine à réparer, empire tout, et vous laisse arriver à trois heures du matin face à une machine qui détruit tout en étant convaincue d'être en train de sauver la situation.